Plinko et avis de joueur : ma bille, mon canapé et la loi française

Dimanche dernier, ma nièce a fabriqué un Plinko. Elle a pris une boîte à chaussures, planté des cure-dents en quinconce, piqué une bille dans le sac de son frère, puis passé l'après-midi à lâcher cette bille par le haut en hurlant de joie chaque fois qu'elle tombait dans la case « 100 points ». Moi, j'étais affalé sur le canapé, le programme des courses ouvert sur mon téléphone, à hésiter entre deux chevaux pour le quinté. Elle m'a regardé et m'a lancé : « Tonton, c'est pareil que ton truc, sauf que moi je perds rien. »

Ça m'a un peu vexé. Et ça m'a donné envie d'écrire mon avis sur le Plinko, ce jeu de bille qui rebondit sur des clous et qu'on voit passer partout en ligne, avec des publicités qui promettent des multiplicateurs à faire tourner la tête.

Je préviens tout de suite que je ne suis pas un expert. Je suis un parieur du dimanche qui lit les petites lignes, souvent trop tard, et ce billet parle du jeu, du cadre français et de ce que j'en pense, sans détour.

La bille et les clous

Le principe tient en une phrase. Une bille part du sommet d'une pyramide de clous, rebondit à gauche ou à droite à chaque étage, puis termine sa course dans une case en bas, où chaque case porte un multiplicateur, petit au centre, énorme sur les bords, si bien qu'on rêve des bords et qu'on atterrit presque toujours au milieu. Ma nièce a compris cette loi des rebonds en dix minutes avec sa boîte à chaussures.

En ligne, on choisit sa mise. Selon les versions, on règle le nombre de rangées et un niveau de risque : plus le risque monte, plus les bords paient gros, et plus les cases du centre rapportent peu, parfois moins que la mise de départ.

Voilà pour la mécanique. On ne lit pas la forme d'un partant, on ne regarde pas si le terrain est lourd comme pour un trotteur à Vincennes, on n'a aucune stratégie à bâtir, on regarde tomber une bille et c'est tout.

Le hasard tout nu

C'est ce qui me gêne le plus. Quand je mise sur un quinté, je passe une bonne heure à éplucher les partants, la musique de chaque cheval, les pronostics du journal, et je perds quand même la plupart du temps, mais au moins j'ai l'impression d'avoir joué. Au Plinko, la bille se moque de mon heure de lecture. La partie dure trois secondes, et on relance.

(Petite parenthèse sur mes habitudes, puisqu'on en parle. J'ai un carnet à spirale où je note tous mes paris hippiques depuis des années, avec la cote, le résultat et un commentaire du genre « trop confiant » ou « jamais plus sur un cheval qui sort d'une longue pause ». Le carnet est impeccablement tenu, mes résultats beaucoup moins. Ma femme dit que c'est le seul document comptable de la maison qui soit à jour, et elle n'a pas tort. Il est magnifique, ce carnet !)

Bref, revenons à la bille. Ce rythme de trois secondes me fait franchement peur, car mon pauvre carnet ne tiendrait pas une seule soirée de Plinko avant de déborder dans tous les sens. Je le sais.

Le cadre français

Il faut parler de la loi. En France, le jeu en ligne est encadré depuis la loi du 12 mai 2010, qui a ouvert un marché contrôlé aux paris sportifs, aux paris hippiques et au poker, avec un régime d'agrément pour les opérateurs privés dans ces secteurs limités. L'offre légale sur Internet se résume à ces trois familles, plus les jeux de loterie, et les jeux de casino en ligne n'en font pas partie.

C'est le point qui compte pour le Plinko. Ce jeu ressemble à une machine de casino, il en a la logique et souvent l'habillage, et la plupart des offres qu'on croise en ligne se trouvent donc en dehors du marché régulé. Pour proposer légalement du jeu en ligne aux joueurs français dans les secteurs ouverts, un opérateur doit détenir un agrément, et le Plinko façon casino ne correspond à aucune catégorie autorisée.

Le gendarme s'appelle l'ANJ. L'Autorité Nationale des Jeux a remplacé l'ARJEL après une ordonnance du 2 octobre 2019, entrée en vigueur au 1er janvier 2020, dans la foulée de la loi PACTE qui avait prévu la privatisation de la FDJ et confié la régulation du secteur à cette nouvelle autorité. Elle surveille le jeu en ligne, les points de vente et les hippodromes.

J'avoue que j'ignorais presque tout ça avant de m'y intéresser pour de bon !

Les avis du web

Les récits en ligne m'ont surpris. Un soir, par curiosité, j'ai tapé « plinko avis » dans mon moteur de recherche, et j'ai trouvé un mélange de tout, entre des forums où quelqu'un jure avoir touché le bord à mille fois sa mise, des vidéos avec des chiffres qui défilent et des pages plus posées qui rappellent le cadre légal. Sur les forums, les gagnants racontent et les perdants se taisent. C'est humain.

Je lis ces histoires comme j'écoute un collègue qui revient de l'hippodrome. Il me parle du jour où il a touché le quinté dans l'ordre, jamais des quarante dimanches où il est rentré les poches vides, et une capture d'écran de gros gain ne dit rien de la série de pertes qui l'entoure.

Quand une source oublie de rappeler que le casino en ligne n'est pas légal en France, je la range direct dans la case « publicité déguisée ».

Mes garde-fous

Les sites agréés offrent de vrais outils. Sur mon compte de paris hippiques, ouvert auprès d'un opérateur agréé, j'ai fixé des plafonds de dépôt et de temps de jeu un soir de lucidité, à un montant modeste. Je dépose par carte bancaire, parfois par PayPal, et quand j'atteins le plafond, le site refuse tout simplement. Ça m'a énervé deux fois ! Ça m'a sauvé au moins autant.

Une option plus radicale existe. Le site officiel du service public explique qu'on peut s'auto-exclure d'un site de jeu en ligne, ce qui bloque le compte et empêche d'en ouvrir un nouveau pendant toute la durée choisie. Les règles françaises de protection des joueurs prévoient ces mécanismes d'auto-exclusion, et des outils d'autolimitation des dépenses et du temps de jeu.

Ces protections n'existent que dans le cadre régulé. Sur un site de Plinko sans agrément, personne ne vous les garantit, et c'est à mes yeux l'argument le plus concret de tout ce billet.

Les chiffres du marché

Les Français jouent, et toujours davantage. Selon les derniers bilans disponibles, le jeu en France a généré près de 14 milliards d'euros de produit brut des jeux, en hausse de 4,7 % sur un an. Le marché en ligne représente 2,6 milliards d'euros de ce total. Sa croissance annuelle atteint 12 %.

Le nombre de joueurs en ligne a grimpé de 7,7 %, pour approcher 3,9 millions de personnes. Les comptes joueurs actifs ont progressé de 11,8 % sur la même période, et je fais partie de ces chiffres, avec mon carnet et mes trotteurs capricieux.

Ces données montrent une chose simple. L'appétit est là, le marché légal grossit sans le moindre casino en ligne, et les jeux de bille qui clignotent surfent sur cette envie en espérant qu'on ne regarde pas trop qui les propose.

Mon regard de parieur

Alors, au bout du compte, que vaut le Plinko ? C'est un joli jouet, je le dis sans ironie, avec cette bille qui hésite, ce petit bruit de rebond et cette case qui s'allume, tout étant pensé pour qu'on relance encore une fois. Comme jeu d'argent en France, il pose un vrai problème, car les offres façon casino tournent hors du marché que l'ANJ encadre, loin des protections que j'utilise chaque semaine.

De mon côté, je reste fidèle aux paris hippiques et à un peu de foot le week-end, sur des sites agréés, avec mes plafonds et mon carnet ridicule. C'est moins spectaculaire qu'un multiplicateur à mille, mais je sais à qui m'adresser si quelque chose tourne mal.

Ma nièce, elle, a gardé sa boîte à chaussures sur une étagère de sa chambre. Elle a raison : c'est la seule version du Plinko où personne ne perd un centime !